- Les
différents articles de presse:
TÉLÉRAMA, 15 mai 2003
"Un scénario machiavélique et haletant.
De l’univers des ordinateurs et des réseaux informatiques,
il ne reste dans MATRIX RELOADED que le langage binaire. Soit on est
dans l’action (boumbadaboum), soit on est dans son commentaire
(blablablabla). Et ça fait toujours toc." (Frédéric
Strauss)
CINÉ LIVE, juin 2003
"Un déluge d'effets spéciaux, des envolées
philosophiques et un Keanu Reeves au diapason font de ce film plus qu'un
simple divertissement : le manifeste d'une certaine modernité
du cinéma." (Jean-Paul Chaillet)
DVDRAMA, 15 mai 2003
"MATRIX RELOADED en tant que tel, est un film d’action
pur et dur, qui tente pompeusement de se donner une justification philosophique
ne reposant sur rien. Autant MATRIX avait réussi ce pari de difficile
d’habilement argumenter sa réflexion pour y introduire
la démesure de l’action, autant MATRIX RELOADED propose
une orgie d’effets spéciaux qui ne repose que sur des redites
insipides du premier, où visiblement les frères Wachowski
avaient tout dit." (Cédric Melon)
LE JOURNAL DU DIMANCHE, 18 mai 2003
"C’est bien le spectacle annoncé. Une débauche
de créativité au service d’un récit fascinant
bien que brumeux et souvent bavard. (...) Révélation :
Lambert Wilson. Crédibilissime en méchant petit Français."
(Carlos Gomez)
LE MONDE, 17 mai 2003
"(…) MATRIX RELOADED, que l'on peut traduire par
"la matrice rechargée", aurait dû s'appeler MATRIX
OVERLOADED – surchargée. (…) On aurait tort de prendre
tout ça aussi au sérieux que le font les auteurs. D'un
strict point de vue utilitaire, mieux vaudrait sans doute éviter
les projections en salle et attendre le DVD pour procéder dans
son salon à un montage maison qui ramènerait ce film à
sa nature de divertissement futé." (Thomas Sotinel)
LE PARISIEN, 16 mai 2003
"Pour faire passer cette pilule trop métaphysique
pour être commercialement rentable, les mystérieux frères
Wachowski ont fait de leur film un comprimé effervescent dans
un verre d'eau gazeuse. MATRIX RELOADED, c'est Monsieur Plus dans la
science-fiction : plus de combats aux chorégraphies hautement
sophistiquées associés à plus de poursuites et
d'effets spéciaux annulent tout ce qu'on a vu jusqu'ici."
(Pierre Vavasseur)
LIBÉRATION, 15 mai 2003
"Soyons clairs : THE MATRIX RELOADED, deuxième
volet de la trilogie superlative des frères Andy et Larry Wachowski,
est très nettement supérieur à l'épisode
précédent. A cela une raison simple : la pression économique,
c'est un euphémisme, a disparu. (…) On pouvait reprocher
à MATRIX opus 1 ses promesses non tenues : une poignée
de scènes mémorables et un infini blabla. Au-delà
du coup d'Etat scopique constitué par l'illustre "effet
Matrix" (le ralenti suspendu), les Wachowski l'avaient finalement
joué petit bras. Avec l'opus 2, les compères n'avaient
plus d'alibi pour ne pas se lâcher. On en voulait beaucoup plus
? On vient d'être servi." (Philippe Azoury, Didier Péron,
Olivier Séguret)
LE FIGARO, 16 mai 2003
"(…) Apparitions réjouissantes et séduisantes,
Lambert Wilson et la sculpturale Monica Bellucci viennent apporter leur
caution internationale au spectacle. Ultime concept celui des guest
stars en visite. Petite cerise divertissante sur l'énorme cyber-gâteau
de cette apothéose. Il arrive aussi que les superproductions
ressemblent à des pâtisseries." (Dominique Borde)
- L'article
de CANAL PLUS:
Quelques chiffres…
Quatre ans après le succès de MATRIX, ses 4 Oscars, ses
456 millions de dollars de recettes à travers le monde et surtout
ses 25 millions de vidéos et de DVD écoulés ; après
9 mois de tournage consécutif des épisodes 2 et 3 pour
une facture avoisinant les 300 millions de dollars (le premier en a
coûté 65), dont 40 millions pour une scène de baston
de 17 minutes, et 2,4 autres millions pour construire un kilomètre
d’autoroute pour les besoins d’une seule séquence
tournée en 45 jours, 2 500 effets spéciaux ou encore 300
voitures démolies… oui, après tout cela, MATRIX
RELOADED est présenté, hors compétition, le 15
mai 2003 au 56ème Festival de Cannes.
Blessures d’acteurs...
Un tournage aussi physique peut difficilement être sans risque.
Ainsi, après Keanu Reeves et Hugo Weaving pour le premier épisode,
c’est au tour de Carrie-Anne Moss et Laurence Fishburne. La comédienne
s’est cassée une jambe à l’entraînement
et son partenaire s’est fracturé un bras.
Décès d’actrices...
Décédée dans un accident d’avion le 25 août
2001, la chanteuse Aaliyah, vue dans ROMÉO DOIT MOURIR (2000)
et LA REINE DES DAMNES (2002), devait à l’origine interpréter
Zee. Le rôle est finalement tenu par Nona Gaye, fille du chanteur
Marvin Gaye, et aperçue dans ALI de Michael Mann (2001). Quant
à Gloria Foster, qui incarne à nouveau le personnage de
l’Oracle, elle est également brutalement disparue, le 29
septembre 2001. La comédienne avait bouclée toutes ses
scènes pour MATRIX RELOADED mais aucune pour THE MATRIX REVOLUTIONS.
Wilson et Bellucci...
Parmi les nouveaux personnages, Merovingian et Persephone sont respectivement
interprétés par le français Lambert Wilson et l’italienne
Monica Bellucci. "Le personnage de Merovingian est plutôt
du côté des méchants – les gentils, dans MATRIX,
on sait qui c’est ! Mais, en même temps, il est un peu entre
les deux. Avec sa femme Persephone, ce sont des programmes de la matrice.
Merovingian sait programmer toutes les langues, mais il adore le français,
et l’accent français, parce qu’il considère
– comme les Américains ! – que c’est très
sensuel." (Lambert Wilson, Studio Magazine, avril 2003)
Clin d’œil à une Palme d’Or...
Jusqu’à la fin du tournage, le film se fait sous le nom
de code "The Burly Man" ("le costaud"), titre du
scénario écrit par Barton Fink dans le film éponyme
des frères Coen, Palme d’Or à Cannes. En référence
à ce titre, la scène de combat entre Neo et la centaine
d’agents Smith est baptisée "Burly Brawl" ("grosse
baston").
Silence kubrickien...
Sur leur contrat, les frères Wachowski ont réussi à
obtenir de la Warner une clause qui les dispense d'interviews. Avant
eux, un seul cinéaste était parvenu à obtenir avec
ce studio une telle liberté : Stanley Kubrick.
- L'article
de LIBERATION:
Soyons clairs : The Matrix Reloaded, deuxième volet
de la trilogie superlative des frères Andy et Larry Wachowski,
est très nettement supérieur à l'épisode
précédent. A cela une raison simple : la pression économique,
c'est un euphémisme, a disparu. La trilogie est désormais
assurée d'un succès que beaucoup de professionnels refusaient
d'envisager pour son premier volet, au point que Joel Silver, déjà
producteur de la chose, souhaitant alors se prémunir d'un four,
en avait vendu la moitié des droits juste avant la sortie. On
pouvait reprocher à Matrix opus 1 ses promesses non tenues :
une poignée de scènes mémorables et un infini blabla.
Au-delà du coup d'Etat scopique constitué par l'illustre
«effet Matrix» (le ralenti suspendu), les Wachowski l'avaient
finalement joué petit bras. Avec l'opus 2, les compères
n'avaient plus d'alibi pour ne pas se lâcher. On en voulait beaucoup
plus ? On vient d'être servi.
Versus Hollywood
Alors, de quoi ça parle ? Pour sauver Zion, ultime poche
de la Résistance humaine à l'empire des machines, Neo
(Keanu Reeves, beaucoup plus crédible en nouveau Moïse :
serait-ce l'amaigrissement ?) doit percer le secret de la Matrice, coeur
de toutes choses. La Matrice, aucun doute, c'est Hollywood : une entité
chargeant à destination de la planète entière des
programmes et simulations à la chaîne, qui substituent
à la réalité des expériences humaines un
ersatz machinique ouvrant sur des temps où l'homme n'aura plus
sa place. Déjà, quand, dans les années 30, Walter
Benjamin vit les premiers Disney avec la souris coupée en deux
et reconstruite dans le même mouvement, il s'inquiéta de
la suite des événements : quelque chose de notre intégrité
et de l'unité pensée/mouvement se modifiait là
radicalement. Aujourd'hui, la 3D et les potentialités qu'elle
offre ont fait entrer l'entreprise du divertissement dans un rêve
de simulation perpétuelle. Matrix Reloaded est donc ambigu :
le film fictionnalise une lutte de réfractaires à la domination
des simulacres mais façonne en même temps 2 h 18 de pur
shoot visuel pour kids mondialisés, livrés pantelants
au rouleau compresseur hollywoodien. Récit d'une émancipation
créant des effets d'esclavage et de dépendance, Matrix
est bel et bien un film fort, dans la mesure où, comme la religion,
la psychanalyse et la drogue, il enchaîne et déchaîne
les esprits EN MÊME TEMPS !
Film + jeu vidéo
Prenons garde : Matrix n'est pas un film, ou plutôt n'est
pas que ça. C'est une marque, un sceau, une philosophie voudrait-on
nous faire croire, mais surtout un marketing totalitairement lumineux.
Pour la première fois, on nous présente un film qui n'est
que la moitié d'un plus vaste objet (culturel ? commercial ?
artistique ? politique ?), l'autre indispensable moitié étant
le jeu vidéo du même nom et qui sort également mondialement
aujourd'hui (1). La grande idée à l'oeuvre derrière
le projet des frères Wachowski tient dans cette simple équation
: si vous souhaitez vraiment plonger dans l'univers de Matrix, si vous
voulez en percer tous les mystères, en expérimenter toutes
les dimensions, alors vous devrez voir le film ET jouer au jeu.
Techniquement, ce prolongement du premier dans le second atteint
des limites jamais percutées, avec le tournage exclusif de plusieurs
heures de film supplémentaires, la révélation de
clés inédites ou la modélisation numérique
des acteurs prévue dès les contrats. Conceptuellement,
la piste défrichée par les Wachowski est riche d'hypothèses
passionnantes que l'on ne pourra mettre à l'épreuve des
faits qu'en jouant une bonne partie, plus tard. Mais il est irrésistible
pour un joueur découvrant le film de chercher à deviner
ce qui, à l'écran, dessine la perspective d'un jeu qu'il
fréquentera bientôt. Les références directes
à l'univers vidéo-ludique commencent avec le premier personnage
nommé dans le film : Link... (héros de la saga Zelda,
faut-il le préciser). Sans même préjuger d'un gameplay
qui reste à expérimenter, il semble évident que
là où Matrix rejoint le mieux le coeur de la culture vidéo-ludique,
c'est sur la question du temps.
Le jeu vidéo est presque entièrement fondé
sur la maîtrise du temps, envisagé comme une matière
physique et souple. Les meilleurs jeux sont ceux qui tirent tous les
partis de la plasticité inouïe du chronos virtuel, et c'est
précisément ce que les frères Wachowski s'appliquent
à transposer au cinéma avec leur fameux effet ralenti-accélération
et l'affranchissement absolu de toutes les contraintes spatio-temporelles
: Matrix décrète son temps et nous l'impose, fût-ce
celui de la tétanie, et c'est sans doute une bonne part du secret
de sa réussite.
L'attaque des clones
Cet univers de simulation généralisée
qu'engendre la Matrice opère sur les personnages un dangereux
syndrome d'ubiquité pandémique. Un incessant déploiement
de doubles, de clones et de jumeaux néfastes essaime dans tout
le film, mettant en péril la permanence de la fiction sous une
tyrannie tautologique : une rose est une rose est une rose est une...
Le voyage dans la pseudo-réalité des humains suppose déjà
un dédoublement des héros, collés à leur
fauteuil et virtuellement transportés sur le champ de bastons
sérielles hallucinogènes, leurs corps à la fois
inertes là-haut et tricotant du techno-kung-fu métaphysique
ici-bas, ou l'inverse.
Matrix Reloaded thématise à fond les puissances
virales du «même» via la figure de l'agent Smith,
sorte de col blanc venimeux capable de se démultiplier en escouades
d'analogues, ivre de sa propre personne, tellement peuplée à
l'intérieur qu'elle explose en multitudes. C'est aussi le magnifique
duo des jumeaux ninja-rastafari enfarinés, capables de se métamorphoser
en diables de synthèses similaires. Là encore, le monde
du jeu pointe le bout de son nez et les gamers devraient reconnaître
dans cet enchâssement des problématiques du double le principe
réplicatif qu'ils croisent fréquemment dans leurs activités
virtuelles, peuplées d'ennemis dupliqués à l'infini.
Même le couple central Neo et Trinity (Carrie-Anne Moss, vraiment
bien) semble travaillé par la permutation des identités
tant ils se ressemblent et s'assemblent : bruns livides à lunettes
noires et physiques androgynes. Politiquement cependant, le film prend
le parti de la lutte contre l'hégémonie universelle d'un
seul et même modèle.
Virtuosité numérique
Bien plus que le premier, ce deuxième épisode
marque une date dans l'usage esthétique des effets spéciaux
3D. Pas un plan qui ne soit trafiqué au numérique : les
mouvements des personnages mais aussi des déplacements de caméras
invraisemblables, tel ce slalom du regard sous les roues d'un camion
en pleine course, dont la continuité est impossible à
réaliser sans ordinateur. Les Wachowski et la monstrueuse équipe
des effets visuels menée par John Gaeta ont voulu repousser toutes
les limites et frapper les masses de stupeur par la sophistication et
le grandiose des séquences successives. Gaeta dit admirer Ridley
Scott et Stanley Kubrick. On citera aussi Tsui Hark (The Blade). Fracas
des corps contre la tôle, bris de verre, chutes, déflagration
de marbre, secousses mentalo-sismiques, tourments browniens, fumée
lente aux cheminées tandis que la vitesse fait rage au premier
plan, gestes pilés/fixés/étirés au fusain
digital... Reloaded est une extatique assomption formelle.
La BD pour matrice
Ce Matrix est aussi une BD, la plus belle, la plus futuriste
qui soit. Et les Wachowski donnent enfin au cinéma quelque chose
comme la version filmée d'une autre paire graphique, le duo français
techno-patchouli des années Metal Hurlant (1980-1986) : Jodorowsky
et Moebius. Quelle est la matrice de Matrix ? Le cycle de l'Incal, bien
sûr (publié aux Humanoïdes associés). Même
prêche baba-new age, même dôme communautaire en danger
où il s'agira de concentrer ses forces et de dépasser
sa peur : c'est l'occasion d'une des plus belles scènes du film,
une méga-rave sensuelle et opiacée filmée dans
une ondoyante langueur. Mais aussi même vertige devant des murs
de pensée pure, de logique outrepassée, même désir
de casser le récit pour atteindre à la matière,
même densité inénarrable, mythologique, enivrante.
Et ce sens du découpage, qui ne repose pas seulement sur la vitesse
mais, comme la BD, sur la mise en suspens, la possibilité pour
le lecteur-spectateur de s'arrêter, de jubiler. Matrix nous plaît
aussi pour ça : on dirait une opération de hacking sauvage
portée par de vilains petits Mickeys contre la matrice Hollywood-Disney.
Alors, c'est la Matrix Revolution ? Non, ça, ce sera pour l'opus
3, programmé pour l'automne.
- L'article
de MADMOVIES:
Disons-le d'emblée, un film comme Reloaded est un cauchemar
pour critiques. Tellement riche, complexe et foisonnant, il se prête
plus à un débat à bâtons rompus en groupe
qu'à une critique forcément unilatérale. Prêtons-nous
toutefois à l'exercice, puisqu'il le faut, afin de voir si oui
ou non Reloaded répond aux attentes qu'on avait pu placer en
lui, et dans l'espoir d'éclaircir certains points (vous êtes
prévenus, va y'avoir du spoiler).
Évacuons donc tout de suite le "gras" du film.
Comme on pouvait le deviner au vu des bandes-annonces, et même
en regard du baratin promotionnel de Joel Silver, les séquences
d'action sont absolument monstrueuses et le film est clairement une
date de ce côté-là. Réussite majeure pour
plusieurs raisons. D'abord parce qu'elles viennent rétrospectivement
éclairer le fait que les frangins Wachowski possèdent
bel et bien une maîtrise innée du filmage de l'action.
On a beaucoup glosé sur le fait que les scènes d'action
du premier n'étaient réussies que grâce à
leur emprunt à John Woo et aux films HK mais force est de constater
que Reloaded démonte cette théorie point par point. Là
où la totalité des films de kung-fu "occidentaux"
réalisés post- Matrix proposaient des combats mollement
filmés en plans serrés auxquels était vainement
tenté de donner un souffle via un montage cut, Reloaded nous
donne à voir de magnifiques ballets en plan large, avec des séquences
d’enchaînement de coups complexes en une seule prise, preuve
définitive que la patte Matrix est inimitable. On admirera au
passage l'extraordinaire travail de Yuen Woo Ping (aidé par Dion
Lam), qui s'il se contentait plus ou moins de recycler son travail HK
dans le contexte d'une prod hollywoodienne, tente ici de nouveaux schémas
chorégraphiques. S’il travaillait beaucoup à HK
sur les combats en espace large, il se focalise ici plus sur des espaces
réduits (le très gracieux combat entre Keanu Reeves et
l'excellent Colin Chou sur les tables du salon de thé, Morpheus
et un des Twins se battant dans l'habitacle d'une voiture) ou sur les
changements de hauteurs (le combat du château, dans lequel les
combattants passent sans cesse d'un étage à l'autre).
De fait, on n'a jamais l'impression de redite par rapport au premier
film. Et encore, il ne s'agit là que de scènes d'actions
que l'ont peut qualifier de "classique", les frangins décidant
d'exploser les limites du genre avec le fight Neo/100 Smiths (le royal
rumble le plus jouissif jamais vu, quoiqu'un rien handicapé par
du CGI un brin visible par endroits) et surtout la déjà
anthologique séquence de poursuite sur l'autoroute. Une séquence
absolument énorme, déjà au point de vue logistique
(on est pas prêt de revoir un truc pareil de sitôt) mais
surtout parce qu'elle propose au long de ses 26 minutes une variété
incroyable. On ne s'éternise jamais sur une action particulière
et l'intérêt est sans cesse relancé par un nouveau
danger, un nouvel obstacle à surmonter. Si l'on ajoute à
cela des plans absolument incroyables dont on se demande bien comment
ils ont pu être réalisés (la camera rasant les camions
lors de la poursuite à contresens, le sauvetage in extremis effectué
par Neo, tout droit sorti d'un comic-book dément), vous comprendrez
aisément qu'on tient là rien de moins que LA séquence
d'action et qu'il va être bien difficile de faire mieux (tout
du moins jusqu'à la sortie de Revolutions). Bref, le contrat
est aisément rempli de ce côté là.
Or donc, si les scènes d'action sont quasiment inattaquables
(à moins d'être de très mauvaise foi, il faut au
moins reconnaître l'exploit technique), le reste va être
beaucoup plus problématique pour pas mal de gens (et c'est déjà
le cas, si l'on en juge par les réactions glanées ici
et là). Tout comme le premier, Reloaded comporte de longues plages
dialoguées bourrées de notions philosophiques. Or si le
premier avait tendance à clairement expliciter toutes les notions
qu'il introduisait ("ceci est une pile"), cet opus préfère
laisser le spectateur comprendre de lui-même. Ayant établi
les bases, on fait confiance à l'intelligence du public pour
tirer les significations possibles des éléments qu'on
présente. Et c'est là que le bât va blesser pour
beaucoup de monde. Au risque de paraître prétentieux, il
est évident que Reloaded est un film qui se mérite, qui
exige de la personne qui le découvre qu'elle s'implique au-delà
de la simple vision de surface qui est la norme pour la plupart des
films. Chaque élément est pensé comme partie d'un
plus grand ensemble, chaque événement du film a son importance,
et il est nécessaire de faire la démarche intellectuelle
requise à sa compréhension. L'exemple le plus flagrant
est la désormais fameuse scène de rave. La moitié
du public va immédiatement la rejeter comme une scène
inutile, trop longue et "d'inspiration MTV", alors qu'elle
est clairement là pour souligner l'humanité toujours prégnante
des habitants de Zion, qui, pour combattre leur peur, ne peuvent que
s'abandonner dans un comportement humain tout ce qu'il y a de plus typique:
une danse sensuelle dans laquelle tout autre sensation que le rythme
et le toucher sont proscrites; signification d'autant plus flagrante
au vu de la mise en parallèle de la scène d'amour entre
Neo et Trinity, où la présence au milieu d'un acte charnel
des plugs que les personnages portent sur le corps vient nous rappeler
brutalement leur statut intermédiaire entre homme et machine.
Et des exemples comme cela, il y en a dans tout le film. Beaucoup risquent
également de rejeter les dialogues philosophiques comme étant
basiques et élémentaires, alors que les Wachowski ne prétendent
aucunement révolutionner la philosophie mais se contentent d'utiliser
ce qui est censé être à la base un gros film d'action
à SFX pour insuffler un embryon de débat chez un public
plus généralement habitué au simple gros kaboum.
On peut comprendre l'incompréhension que va susciter
le film, en ce qu'il prend totalement le contre-pied des schémas
traditionnels d'une suite. Jusque là, les séquelles se
déclinaient sous trois modes possibles: surenchère "bigger
and louder", expansion ou continuation. Ici on assiste à
une révolution totale de la façon de faire, puisqu’on
a affaire à une suite qui n'hésite pas a bouleverser totalement
tous les faits et idées établies dans le premier film,
par exemple en montrant clairement Morpheus comme une sorte de fanatique
religieux à mi-chemin entre Patton et un zélote furieux
(dommage que cela nous donne le moment le plus embarrassant du film
puisque Fishburne semble avoir beaucoup de mal pendant son grand discours)
pour mieux par la suite totalement démonter son système
de croyances qu'on nous avaient asséné avec force dans
l'opus précédent. Plus généralement, Reloaded
prend le premier film et le renverse totalement en démontant
tout ce qu'il a construit, d'où déception programmée
puisqu'il est évident qu'une majorité de gens s'attendaient
à une suite beaucoup plus classique (notons toutefois que cette
approche n'empêche pas la totale cohérence avec Matrix
, un nombre hallucinant d'éléments présents dans
Matrix trouvant écho dans Reloaded). Là encore, on en
revient à l'effort à fournir pour accepter ce postulat
de départ.
Bref, on pourrait discuter des heures sur le nombre phénoménal
de concepts introduits par le film (on retrouve des thématiques
sur l'existentialisme, la foi, la causalité, la question du choix)
et sur ce que Revolutions va bien pouvoir apporter (les théories
à ce sujet fleurissent déjà sur Internet), mais
une chose est d'ores et déjà certaine: Reloaded est bel
et bien une date dans l'histoire du cinéma, à la fois
en terme de visuel et en termes de contenu, une œuvre complexe
et passionnante, un pur film de geek totalement décomplexé
s'assumant comme tel et admirable dans sa démarche artistique
visant à toucher tous les médias possibles (puisque l'histoire
se poursuit au-delà du film dans le jeu vidéo et les courts-métrages
animés). Rendez-vous donc dans 6 mois pour la confirmation certaine
que la trilogie va laisser son empreinte dans la culture cinéphilique
avec la force d'un bon gros coup de tatane dans la gueule!
Note : 6/6
PS: On peut aussi raisonnablement se poser la question de l'attente
démesurée suscitée par le film comme facteur responsable
de la déception ressentie par certains, particulièrement
symptomatique dans le cas du cliffhanger final. Les gens ont été
tellement chauffés par Silver qu'ils semblent ne pas être
capables d'arriver à voir au-delà de la simple image pour
en tirer les implications... Oh well.
- L'article
de CHARLIE HEBDO:
A droite, la Matrice, univers de la manipulation et des identités
changeantes. A gauche, la planète Zion, gigantesque cloaque où
vivent reclus les derniers humains. D’un côté, le
système, lisse et technologique. De l’autre, son alternative,
tribale et primitive. Entre les deux, un trio d’électron
libres, Neo, Morpheus et Trinity, qui tentent de sauver leur planète
natale des griffes de l’Empire. Métamorphose et prolifération,
telles sont les deux qualités majeures de la Matrice, à
l’image de l’agent Smith, son apparatchik exemplaire. Mais
mener la guerre suppose, au préalable, de repenser l’opposition
au système et, par conséquent, de comprendre sa cartographie.
Qu’est-ce que la marge lorsque centre et périphérie
se confondent ? Comment lutter contre un pouvoir diffus et instable
? Comment résister tout simplement? C’est un fait : Matrix
Reloaded dépasse de très loin le premier volet, qui, esthétiquement,
nous avait déjà bluffés -- une sorte d’objet
insolite catapultant les expérimentations formelles de gens Epstein
en territoire virtuel et Baudrillardien. Matrix 2 investit le terrain
politique et constitue une réflexion passionnante sur la résistance
et ses modalités à l’heure des flux, et peu importe
ici qu’il s’agisse de pixels ou de dollars.
Au départ, le dispositif est entièrement binaire
: les serviteurs de la Matrice contre ses dissidents, la programmation
contre l’intuition, le logiciel contre le critique. Deux options,
donc, et deux logiques guerrières : une logique datée
qui croit encore à l’efficacité de la lutte depuis
une position extérieure à la Matrice. C’est Zion,
avec ses habitants flanqués de gris-gris, de convictions mystiques,
et près à s’étourdir dans des raves techno-préhistoriques.
Le hippie noir revu à la sauce planète des singes. Zion
incarne la version dégénérée de la contre-culture
américaine et l’on ne peut que constater l’inefficacité
de son mode d’action dans un monde devenu réseau. En face
de ces résistants ancienne manière : la logique de l’infiltration.
C’est Néo, devenu l’Elu du peuple de Zion, non pas
au nom d’une mystique de bazar propre à aveugler les logiciels
critique, mais pour sa capacité à inventer, en tout inconscience
d’ailleurs, de nouvelles trajectoires à l’intérieur
du système. Pour Néo et sa bande, il faut circuler sans
cesse, de Zion à la matrice et vice-versa, il faut se réapproprier
les lignes du réseau que l’on combat et détourner
son mode d’emploi. Il s’agit d’expérimenter
de nouvelles formes de résistances, d’avancer à
vue et dans les airs, même si le film statue in fine, sur la position
la plus productive : la Source, point nodal et immaculé de la
Matrice, où Néo rencontre enfin le concepteur du système.
C’est alors la grande leçon politique du film : il n’y
a de résistance efficace qu’au centre.
La compréhension des enjeux narratifs et des perturbations
du récit (assez complexe il est vrai) passe de fait par une compréhension
des mécanismes politiques en jeu. Le spectateur ne pourra jouir
du spectacle qu’au prix d’un détour par la chose
publique. Le film des frères Wachowski apporte à nouveau
la preuve de l’incontestable puissance du cinéma américain
et de certains de ses Blockbuster, capables d’occuper toute la
largeur du spectre, du majoritaire au minoritaire, du populaire au politique,
parce que l’un ne va jamais sans l’autre. Matrix Reloaded,
film résistant en plein cœur de la matrice hollywoodienne.
- L'article
du NOUVEL OBSERVATEUR:
Zoé a 17 ans, un T-shirt au-dessus du nombril et des
étoiles plein les yeux. Si elle a vu «Matrix»? «Et
comment! Le un et le deux, précise-t-elle fièrement. C’est
trop cool, il y a tout dans ce film. Des superscènes d’action,
une histoire d’amour incroyable et plein d’idées
philosophiques qui font réfléchir.» Elle ne regrette
pas ses 5 euros. D’autant qu’au lycée les aventures
cybernétiques de Neo, l’homme élu pour déjouer
le programme informatique qui régit l’univers (la Matrice!),
alimentent les conversations. Autour de questions cruciales: qui l’emportera
du monde réel ou de la virtualité des machines (qu’est-ce
donc que la réalité)? Que va devenir Zion, la dernière
poche de résistance humaine perdue dans les entrailles de la
Terre, si elle est, elle aussi, une création de la Matrice (le
libre arbitre est-il une illusion)? Des amours de Noe et Trinity naîtra-t-il
le vrai sauveur de l’humanité (y a-t-il une fin à
l’aliénation) ?
Seule certitude: le deuxième volet de la trilogie des
frères Wachowski, opportunément intitulé «Matrix
Reloaded» («Matrix rechargé», en langage informatique!),
casse la baraque. Avec 4,5 millions d’entrées en moins
de trois semaines en France, l’odyssée numérique
truffée de cascades et d’effets spéciaux se rapproche
des sommets planétaires que furent «la Guerre des étoiles»
ou «X-Men». A lui seul, il réalise 37% des entrées
en France, pulvérisant le franchouillard «Fanfan la Tulipe»
(9% [voir le match p.129]). Le cœur de cible? La génération
des 15-35 ans, qui s’est rendue en masse dans les salles obscures.
Mais aussi des parents entraînés dans ce vaisseau par leurs
ados et des quadras «en prise avec l’époque»
ou juste curieux de découvrir la plus grosse machine hollywoodienne
de la saison. Si bien qu’il est tendance, ce printemps, d’arborer
à toute heure du jour ou de la nuit des lunettes noires, marque
de fabrique des héros matrixiens.
Le phénomène n’est pas nouveau. Car la
matrixmania remonte à 1999, lorsque le premier volet de la trilogie
des frères Wachowski fut, à la surprise générale,
plébiscité par le grand public… et salué
par la critique! A l’époque, ce cyber-thriller original
avait réveillé la science-fiction. Après quatre
ans de suspense, le temps d’écouler tout de même
25 millions de DVD et de cassettes vidéo dans le monde, le deuxième
épisode était fort attendu… Ouf, le verdict est
aujourd’hui connu. Critiques et simples spectateurs considèrent
en règle générale que la suite présentée
au Festival de Cannes n’est pas vraiment à la hauteur –
«"Reloaded" n’est pas un bon film sur le plan
cinématographique: lourdeur du scénario, longueur de certaines
scènes, rythme défaillant et discours un peu prétentieux.
On est loin du premier, qui avait su faire entrer le spectateur lambda
dans l’univers de Matrix», estime Jean-Yves, un lycéen
parisien féru de science-fiction. Et pourtant «Reloaded»
est parti pour faire encore mieux que le premier opus considéré
comme majeur !
Car les 12-25 ans, qui constituent le plus gros bataillon
des fans, se reconnaissent dans cet univers. Matrix leur appartient.
Ils en parlent comme leurs parents parlaient du dernier single des Stones!
C’est la référence «indéchiffrable»
par les aînés qui permet de s’affranchir et de se
retrouver entre initiés d’une même génération.
«Mes parents détestent. Ils trouvent ça violent
et ne comprennent rien au message. Ça ne m’étonne
pas. De toute façon, je préfère en parler avec
mes potes, lâche Maxime, 17 ans. Les plus de 40 ans n’ont
pas les références culturelles pour apprécier ce
film, comme leurs parents n’ont rien compris au rock.»
D’où l’exaspération du jeune public
à l’encontre des critiques du «Masque et la Plume»
(France-Inter) qui, il y a deux semaines, ont osé matraquer la
superproduction. «J’ai écouté comme chaque
semaine votre émission pour voir ce que l’élite
intellectuelle du cinéma pensait d’un film destiné
à la masse, à la jeunesse adolescente dégénérée
et qui en plus ne sera pas assez nombreuse pour payer vos retraites.
Et votre lynchage m’a laissé pantois», écrit
Kelly, 16 ans, l’un des nombreux auditeurs à avoir manifesté
son courroux à l’aréopage cinéphile du dimanche
soir.
Reste à déterminer ce qui bouleverse tant les
accros de la bande à Neo. Commençons par le plus simple:
l’action. Avec ses 100 millions de dollars d’effets spéciaux,
des combats réglés comme des ballets et ses poursuites
dantesques (14 minutes sur une autoroute reconstituée pour l’occasion
dans le désert de Californie!), Matrix constitue un divertissement
hors pair pour les ados, grands consommateurs du genre. A elle seule,
la fameuse scène où Neo affronte une centaine de clones
de Smith, agent malfaisant de la Matrice, était très attendue
par les fans. Inventeur du bullet time, cette technique de ralenti qui
permet de geler une image au cours de l’action, les frères
Wachowski passent pour des maîtres de la cabriole assistée
par ordinateur. Et cette fois ils se sont dépassés: 2
500 plans du film comportent des effets spéciaux. A cela s’ajoute
une esthétique inspirée des jeux vidéo, des références
permanentes à l’univers de l’informatique et une
bande-son techno… Bref, tout pour plaire à un jeune public
qui a grandi entre PC et consoles.
Mais, au-delà du divertissement, c’est la thématique
du film qui fait mouche. «"Matrix" lance une alerte
qui concerne notre avenir. La domination de l’homme par la machine
et l’intelligence des programmes», explique un internaute
répondant au pseudo de Morpheus rencontré sur l’un
des sites voués au culte de « Matrix » (1). «Nous
avons grandi dans un univers de crise. Les valeurs individuelles prenant
le pas sur les valeurs de la collectivité mais aussi avec la
mort des idéaux socialistes, nous ne sommes plus une génération
croyant au progrès par la science. En un sens, nous sommes devenus
très cyniques et désabusés», estime Pierre-Yves,
25 ans, ingénieur en génie des télécommunications.
Voilà qui correspond bien à l’univers de «Matrix»,
où le salut de l’espèce asservie repose sur un seul
individu. Signe des temps: en quinze ans, depuis le succès du
«Grand Bleu» de Luc Besson, nous sommes passés d’une
génération «vivons en harmonie avec la nature»
à une génération «sauvons notre peau»…
Pour autant, le film, tel qu’il est perçu par
ses jeunes défenseurs, n’est pas dénué d’espérance.
«Neo est l’innocence même. Loin des Bruce Willis ou
des Schwarzenegger. Il est un homme tout simplement, vrai et touchant.
Trinity est une femme qui se bat contre son côté tendre
et humain, qu’elle considère comme une faiblesse, pour
être l’égale des hommes. Tout ce qu’une femme
s’efforce d’être dans la société d’aujourd’hui.
Et Morpheus a une foi telle que nous ne pouvons que croire en lui. C’est
le propre de l’homme de croire pour survivre», explique
TrinitylovesNeo, jeune animatrice du site Modrek.com. Epopée,
quête du Graal, cosmogonie… A l’instar de «la
Guerre des étoiles» ou du «Seigneur des anneaux»,
«Matrix» fonctionne comme un récit initiatique. «Le
film pose les bases de la vie», estime Michel, étudiant
de 21 ans.
Les frères Wachowski, autodidactes à l’esprit
ouvert, ont truffé leur œuvre de références
mythologiques, philosophiques et religieuses. «On trouve toujours
de nouveaux symboles et de nouvelles interprétations pour chaque
scène ou chaque dialogue», s’émerveille Marine,
17 ans. Et même si les intellos snobent ce grand bazar où
se côtoient Platon, Bouddha, Jésus-Christ, Descartes, Shakespeare,
Schopenhauer ou Baudrillard, pour beaucoup, «Matrix» constitue
une approche ludique et décomplexée de la pensée.
«C’est un peu mon prof de philo chez Nintendo. Mais pourquoi
pas?», rigole Stéphane, 32 ans.
Dans le monde de «Matrix», le contact avec l’invisible
(Dieu? le grand architecte? l’Univers? ) est permanent. «J’y
vois une sorte de grande Bible remixée. Beaucoup de gens le prennent
comme une aide pour se préserver des dangers et ne pas avoir
peur de ce qu’ils vont affronter», avance Morpheus, un jeune
internaute. Car, dans les mondes impitoyables dominés par la
Matrice, il n’est pas question de transcendance, de vie après
la mort, encore moins de paradis. L’arme au poing et le coup de
pied facile, le dernier des hommes cherche à retrouver un peu
de vie. Et un peu d’amour.
Et tant pis si ce grand rébus métaphysique est
aussi une gigantesque opération marketing. Chacun sait que dans
ce domaine la Warner, filiale du géant AOL Time Warner, qui a
englouti 300 millions de dollars dans la production des deux derniers
épisodes de la trilogie, n’a rien laissé au hasard.
Attente du film savamment orchestrée, campagne de teasing publicitaire
ciblé, produits dérivés, lancement simultané
du jeu vidéo «Enter the Matrix», qui s’est
déjà vendu à 1 million d’exemplaires, sortie
prochaine du troisième épisode dont la bande-annonce est
diffusée après le générique de fin de «Reloaded»:
tout a été pensé pour exciter la curiosité
des fans sans les rebuter par un battage médiatique excessif.
«Je veux révolutionner le marketing hollywoodien»,
martèle Joel Silver, le producteur de «Matrix», qui
garde le plus grand secret sur ses méthodes et son budget: on
parle de 100 millions de dollars investis dans la promotion. Sans être
dupes, les aficionados ne s’en offusquent guère. L’ampleur
et l’habileté de la campagne semblent portées au
crédit du film. Sur les sites internet, le blitz commercial orchestré
par les studios Warner fait l’objet de rumeurs et de commentaires.
Au même titre que le film lui-même! «La Warner, c’est
un peu la matrice de la Matrice», s’amuse Antoine, 18 ans.
Bien sûr, cette adéquation d’un produit
à son audience ne génère pas nécessairement
du grand cinéma. «Il faut distinguer le succès sociologique
d’un film de sa portée esthétique. Y a-t-il vraiment
là une nouvelle forme cinématographique qui bouleverse
les codes établis? Je ne le crois pas», plaide Dork Zulbanian,
chercheur et enseignant en septième art. Accumulant les emprunts
sans les transcender, «Matrix Reloaded» apparaît plutôt
comme une machine à recycler. Et, à l’exception
de «Libération», dont le compte-rendu cannois fut
enthousiaste, la majorité des critiques a débiné
le long métrage, «la plus grosse arnaque esthético-philosophante
dont Hollywood-Babylone ait accouché depuis l’invention
du blockbuster intelligent», selon le magazine «Tehnik’Art»,
peu suspect de «racisme anti-jeunes». Heureusement, comme
dans les jeux vidéo, les frères Wachowski ont encore une
vie. Le jugement final ne pourra être porté qu’après
la sortie de «Matrix Revolutions», dans cinq mois. Quelle
sera la morale de l’histoire? La Warner veille jalousement sur
les secrets de «Matrix Revolutions». Et a opté pour
un lancement simultané dans le monde entier afin de limiter fuites
et piratages. Pourvu que, le 5 novembre, les frères Wachowski
ne s’en tirent pas par une pirouette ! Elle briserait des millions
de rêves, qui ont aussi leur prix.
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